19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 00:48

Charles n'en menait pas large. Depuis que l'attaque avait commencé, qu'il était sorti du boyau de sa tranchée, qu'il avait suivi le bataillon qui dans un grand cri de courage avait suivi ses officiers, deux heures s'étaient écoulées. L'attaque avait été un fiasco, une véritable boucherie. Il avait vu tomber devant lui, Georges, Etienne, Maurice, Marcel, Antoine, Louis, Camille, Michel, Gérard, Alphonse, les deux frères Dumay, le grand Bordier, le petit rouquin, le grand rigolo, le fayot du capitaine, le capitaine, son ordonnance, les sous-officiers, le lieutenant, le sous-lieutenant, le caporal, le caporal-chef, le sergent, le sergent-chef, l'adjudant de la compagnie, l'adjudant-chef....

 

Une véritable boucherie quoi. Vous devez d'ailleurs vous demander  sans doute comment Charles avait pu échapper à cet assassinat de masse. C'était  très simple, Charles était tout simplement tombé quand il a enjambé le parapet. Il a fait 4 pas et une balle lui a brisé son fusil en deux, lui évitant ainsi de la prendre dans le bide. Charles est tombé la tête en avant, sans un cri et son corps est venu buter sur les corps encore chauds de Gaston, Fernand, Marcel et Paul qui étaient devant lui lors de cet assaut et qui eux avaient eu moins de chance que Charles, étant la première ligne et  étaient mort sans un cri.

 

Charles aurait pu se relever mais c'est que les mitrailleuses boches avaient continué à tirer rageusement et avaient fauché derrière lui, la troisème ligne, des toutes jeunes recrues fraichement arrivées au matin pour monter à l'assaut des tranchées ennemies.

 

 Il avait bonne mine maintenant ce pauvre Charles. Il lui était impossible de bouger, coincé entre les corps d'infortune de ses camarades de chambrée, baissant la tête pour éviter les balles qui sifflaient au dessus d'elle. Cela faisait deux heures que l'attaque avait été lancée. Au loin dans le brouillard encore matinal de ce paysage hivernal  étrangement devenu silencieux, il aperçu des formes humaines courir vers lui. Il plissa des yeux pour essayer de reconnaître des hommes du bataillon ou si ce n'était pas tout simplement l'ennemi enhardi par cette bataille sauvage qui tentait à son tour de prendre les tranchées dont Charles avait quitté deux heures plutôt.

 

 Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que c'était bien des boches qui avançaient en faisant des grands bonds devant eux. Charles tourna la tête pour regarder en arrière. La peur de mourir ainsi, coincé entre tout ces corps  le paralysa. Il eut l'idée alors de faire le mort et laissa tomber sa tête sur l'épaule de Victor dont la mort l'avait fauché en même temps que Gaston, Fernand et Paul. 

 

 Il entendit des pas se rapprocher. Des voix chuchotaient autour de lui. Il ouvra les yeux doucement, il vit un officier entouré d'une dizaine d'hommes, ils avaient tous leur fusil avec la baïonnette fixée au bout rouge de sang. Il ne comprit pas ce que dit l'officier mais l'un des deux plus grands qui étaient à ses côtés commença à fouiller les corps qui étaient autour de Charles. L'allemand allait arriver vers lui quand des coups de feu retentirent et que l'homme tomba lourdement sur lui, le crâne fracassé par une balle. Le sang qui sortait de sa tête  comme d'une fontaine éclaboussa le visage de Charles qui se mit à hurler, un cri sorti de sa poitrine, puissant et terrifiant. Le groupe d'allemands avait déjà tourné les talons, abandonnant leur officier qui à son tour venait de tomber la tête sanguinolente.

 

 Charles entendit encore à nouveau les balles miauler autour de lui, certaines venir frapper les corps de ses copains qui semblaient sursauter quand les balles déchiraient leur chair morte tandis que Charles, les yeux hagards continuait de hurler à s'en vider les poumons.

 

Il était 10 heures du matin, nous étions le 11 novembre 1918. 

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Publié par Loser - dans Histoire
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